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Litterature

La littérature de langue d’oc apparaît avec l’écriture de celle-ci autour de l’An Mil. La grande vague des troubadours s’échelonne au cours des XIIème et XIIIème siècle. Ces poètes d’un nouveau genre sont des seigneurs, des hommes d’église et des gens de métier. Avec une poésie digne de la plus grande admiration, les troubadours chantent l’Amour courtois mais véhiculent aussi des messages poétiques et idéologiques acérés.

On citera pour mémoire quelques uns des plus célèbres d’entre eux : le duc d’Aquitaine Guilhem de Poitiers, Jaufre Rudel, le Limousin Bernard de Ventadour, Raimbaud d’Orange, Marcabrun, Pèire Vidal, Arnaud Daniel, Guiraud de Borneulh. En 1323, est fondé à Toulouse le Consistoire du Gai Savoir, qui deviendra l’Académie des jeux floraux. Lors de ces jeux, on distribuait des fleurs d’or et d’argent aux auteurs des meilleures œuvres. Le Felibrige reprendra plus tard cette tradition.

Si elle s’éteint dans les milieux littéraires à la fin du Moyen Age la langue d’oc perdure chez quelques auteurs qui continuent d’écrire dans leur langue maternelle mais ont du mal à être reconnus et appréciés. Notons la vague des  » Noëls  » en Provence au XVII ème siècle avec , entre autres Nicolas Saboly, (1614 – 1675). Mais il faut attendre le XIX ème pour que cette  » renaissance  » soit effective.

En 1846-1847, Honnorat (1783-1852) publie un dictionnaire provençal-français en graphie classique. Jacques Boé (1798-1864), originaire d’Agen, connu sous le pseudonyme de Jasmin triomphe en poésie dans tout le sud de la France et à Paris. En l’ honorant, Frédéric Mistral dira de lui :  » O Jansemin, nos as venjat !  » ( » O, Jasmin, tu nous as vengé… « ). Le recueil de ses œuvres a pour titre  » Los Papillotos « . Victor Gélu (1806-1885), un marseillais, écrit des  » Chansons Provençales  » dans lesquelles il dépeint avec réalisme le petit peuple de Marseille. La renaissance des langues d’oc au XIX ème siècle s’appuie d’une part sur le courant romantique alors à la mode qui, dans les milieux littéraires et artistiques parisiens encensent l’Antiquité et le Moyen-Age. D’autre part, l’intérêt pour le folklore et les régions s’inscrit dans la volonté de préservation du patrimoine et d’élaboration d’un inventaire national, chère au gouvernement de Louis Philippe. C’est la création d’un service des monuments historiques dont le premier inspecteur sera Prosper Mérimée en 1834. On peut citer aussi comme point de départ des travaux folkloriques en France, l’évolution de ce que l’on ne nomme pas encore  » sciences de l’homme et de la société  » ou  » ethnologie « . Bien que l’anthropologie physique soit prépondérante durant tout le XIX ème siècle avec les travaux de Darwin, des mouvements nationalistes agitent l’Europe à cette époque. Ces mouvements entrainent une vague de travaux historiques et mythologiques en Allemagne et en France notamment. Pour cette dernière, Paul Sébillot écrit un « Folklore de France », et Arnold Van Gennep son colossal « Manuel du Folklore français contemporain ». Dans les régions beaucoup d’hommes se livrent à des collectes gigantesques de documents ethnographiques qui constituent aujourd’hui des sources d’une valeur inestimables pour nos contemporains. Les folkloristes du XIX ème ont su saisir à temps les usages, croyances et mode de vie d’une société traditionnelle qu’ils savaient destinée à une fin certaine sous la montée de l’industrialisation et le développement des moyens de communication. L’œuvre de Frédéric Mistral constitue en cela une des pièces maitresses de la vogue des folkloristes du XIX ème siècle. Poussé par une volonté profonde de valoriser le monde provençal qui l’entourait et la langue en premier lieu, Mistral s’entoure d’hommes animés par les mêmes motivations.

En 1854, sur l’initiative de Joseph Roumanille, Frédéric Mistral, Théodore Aubanel, Jean Brunet, Alphonse Tavan, Anselme Mathieu et Paul Giéra fondent l’Ecole d’Avignon, plus connue sous le nom de Félibrige,. Frédéric Mistral (1830-1914) devient le plus grand écrivain en langue d’oc du XIX ème dont la renommée dépasse aujourd’hui les frontières de l’hexagone.

En 1855, le groupe publie  » L’Armana Prouvençau  » (Almanach Provençal) qui se poursuivra. L’œuvre littéraire majeure de Mistral,  » Mirèio  » paraît en 1859.  » Lou Tresor dou Félibrige  » dictionnaire provençal-français que Mistral enrichit d’éléments de la tradition populaire, et le  » Museon Arlaten « , premier musée ethnographique en France, fondé en Arles en 1896, couronnent l’œuvre folklorique de Mistral.

Après la génération mistralienne d’Aubanel, Roumanille, Anselme Mathieu etc. une seconde génération d’écrivains provençaux émerge avec Félix Gras (1844-1901). Le beau-frère de Roumanille s’illustre avec deux épopées inspirées de la Croisade des Albigeois,  » Li Carbounié  » (Les Charbonniers) et  » Toloza  » (Toulouse), un roman  » Li Rouge dou Miejour « , un recueil de contes  » Li Papalino  » (Les Papelines). Baptiste Bonnet (1844-1925) publie les souvenirs d’une vie mouvementée dans  » Vido d’Enfant  » (Vie d’Enfant). Il est connu aussi pour  » Varlet de mas  » (Valet de mas) et  » Moun Baile, Anfos Daudet  » (Mon baile, Alphonse Daudet).

Charles Rieu, plus connu sous le petit nom de  » Charloun  » (1846-1924) originaire du Paradou, village sis au pied des Alpilles. Charloun est un homme de la terre, modeste et solitaire qui occupe ses passe-temps à écrire des chansons sur des airs populaires ou à la mode à l’époque. Les chansons de Charloun deviendront si populaires dans les bals et les festivités villageoises qu’elles passeront dans la tradition orale. Citons la plus connue  » La Mazurka souto li pin « .

Valère Bernard (1860-1936) écrivain , peintre, sculpteur écrit des romans réalistes sur le peuple de Marseille :  » Bagatouri « , «  Li Boémian « . Jules Boissière (1863-1897), Jean-Henri Fabre (1823-1915) entomologiste, Alphonse Daudet (1840-1897), Paul Arène (1843-1896) poète et auteurs de contes en français.

La littérature camarguaise émerge soudain au début du XX ème siècle avec deux auteurs de renom, le marquis Folco de Baroncelli (1869-1943) et Joseph d’Arbaud (1872-1950). Ces deux hommes épris de grands espaces et de liberté, gardians eux-mêmes, amoureux des chevaux et des taureaux, vont chanter la Camargue gardianne dans de poignants poèmes, faisant sortir de l’anonymat le vieux métier de gardian et la vie sauvage des marais. Henriette Dibon, dite  » Farfantello  » chantera aussi la Camargue auprès de Baroncelli qu’elle admire.

Dans la lignée d’Aubanel, la poétesse Marcelle Drutel publie en 1933 un recueil  » Li Desiranço  » (Les Désirs) qui choque les âmes prudes de l’époque. Joseph Bourilly ethnographe du Maroc est connu surtout pour son roman  » La Rèino Sabo  » (La Reine de Saba). Sully-André Peyre (1890-1961) écrivain gardois, réveille la poésie provençale. Très jeune il publie son premier poème dans l’Armana Prouvençau. Il dirigea la revue mensuelle Marsyas durant quarante ans. Il excèle dans  » La Cabro d’Or « . Après la deuxième guerre mondiale se détachent les travaux de Charles Mauron avec « Estùdi mistralen  » (Etudes mistraliennes), approche psychocritique de l’œuvre de Mistral. Louis Bayle, romancier et poète, puise son inspiration dans l’Océan Indien où il a séjourné plusieurs années. Ses  » Contes de la Mar e dis Isclo  » (Contes de la Mer et des Iles) révèlent les paysages de Madagascar. A retenir aussi l’œuvre considérable de Charles Galtier, celle des poètes Fernand Moutet et Pierre Millet, Max-Philippe Delavouët (né en 1920), originaire de la Crau, auteur dramatique et poète. Marie Mauron témoigne de la vie d’une Provence rurale dont elle décrit le rythme des saisons avec un réalisme chaleureux.

Les trente dernières années du XX ème siècle montrent, par la qualité de leurs œuvres, la vitalité de la langue provençale qui, quasiment disparue du quotidien de nos jeunes générations, poursuit cependant son évolution. Citons pour cette dernière période : Jean-Pierre Tennevin  » La Vièio qu’èro mourto « , André Ariès, auteur de contes pour enfants et de comédies, les poètes André Resplandin, Serge Bec, Henri Féraud. Le romancier Bernard Giély confronte ses protagonistes provençaux aux guerres marquantes du XX ème siècle et à l’apreté de la vie moderne et citadine alors que le poète Michel Courty reste sensible à la nature et s’attarde sur les beautés de son pays.

Loin d’être exhaustif, ce survol chronologique de la littérature d’expression provençale propose quelques auteurs ainsi que quelques unes de leurs œuvres. Au cours de l’année Pichoto Camargo présentera des écrivains et chansonniers passés et contemporains, ainsi que des passages de leurs meilleures pages. La richesse de la langue provençale permet l’expression de thèmes et de genres variés mais une même lutte unit tous ces auteurs, celle menée pour la survie d’un patrimoine culturel et linguistique dont l’histoire semblait avoir réglé le sort et la modernité technologique avoir porté le coup de grâce. Le XX ème siècle aura montré le contraire, le XXI ème poursuivra leur tâche.

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