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HISTOIRE DU GALOUBET-TAMBOURIN

Les origines du Galoubet – Tambourin restent obscurent mais se placent dans un fonds commun européen autour de la flûte à trois trous et de la percussion (voir carte).
Comme nous le montrent les iconographies troubadouresques (voir René Nelli  » Troubadours et Trouvères), l’usage de ce type d’instrument composé d’une flûte pouvant être jouée à une main (tibie, fifre) et d’une percussion légère était courant.

 Nous commençons à voir apparaître cet ensemble musical vers le 13ème siècle, mais les siècles suivants fourniront de magnifiques exemples de sa popularité. La représentation du diable jouant du galoubet-tambourin sur une fresque du 16ème siècle est là pour nous rappeler que cet instrument était lié à la fête, aux bals et donc à la damnation (voir Le Galoubet-Tambourin, p.104). Les cours européennes l’intègrent dans leurs orchestres, les manifestations populaires en font usage lui offrant ainsi son âge d’or autour des 15 et 16ème siècles.

L‘implantation progressive du violon va véritablement bouleverser l’ordre des choses comme le dit André Gouiran dans  » la Musique en Provence et le Conservatoire de Marseille « , cité par Maurice Guis :  » Le violon vient de faire son apparition. Il va bientôt régner en despote, reléguant comme dans un lointain passé…tous les multiples instruments qu’avait utilisés le Moyen-Age, et qui disparurent peu à peu.  » Vidal parle des ménétriers joueurs de Galoubet-tambourin obligés de quitter les villes pour arpenter les chemins à la recherche d’une fête locale. Il fait également allusion à la pratique des carnavals où cet ensemble demeura longtemps recherché afin d’animer en ville ou dans des cercles privés les courses folles de Caramentran. Il faut savoir qu’à cet époque les revenus de ces musiciens jouant également d’autres instruments leur permettaient de vivre ou d’arrondir leurs revenus. Ce départ forcé des zones urbaines ne put qu’amener à la popularisation de cet instrument dans les villages et faciliter sa pérennisation à l’abri des modes de la ville.

Il ne disparut donc pas des contrées européennes, certaines l’adoptant comme instrument national, tel que le pays basque avec le tixtu et son tambouril, le territoire d’Oxford avec le tabor-pipe et finit par traverser les océans à l’image de la Harpe celtique en Amérique Latine. Maurice Guis réserve un sort identique à cet instrument en Provence, bien que son usage soit assez ancien. Le Roi René – devenu une figure mythique de la Provence -, selon son biographe Lecoy de la Marche entretenait des ménétriers à sa cour afin de profiter de spectacles de danses moresques. Il semblerait, à la lecture des textes anciens et notamment dans les documents littéraires, que l’ensemble Galoubet-tambourin n’aie jamais vraiment disparu en Provence, offrant même à ces musiciens, le mérite de toutes les éloges. Les provençaux sont devenus des spécialistes reconnus de ces instruments. Fait intéressant, dans un témoignage du 17ème siècle et l’extraordinaire paravent anonyme conservé au musé du Vieil Aix (Aix-en-Provence), l’ensemble Galoubet tambourin accompagnait les confréries au cours de la fête Dieu, reprenant ainsi un rôle sacré qu’il eut dans des temps très éloignés. Mais on ne serait réduire le rôle du Galoubet en Provence autour du 18ème siècle à un usage religieux, il intégrait pleinement l’esprit festif, renvoyait aux fêtes de familles, aux cérémonies civiles, aux fêtes calandales, à la Saint-Jean ou encore lors du Carnaval et des Aubades. Le tambourin est pleinement intégré à la sociablilité provençale tant publique que privée de cette époque, fonctionnant au rythme d’un calendrier traditionnel en usage dans les villes et les villages. La fin de l’Ancien Régime coutumière des fastes et des réjouissances donnait un éclat particulier à une pratique courante que l’extension des villes, des confréries et des métiers ne faisait qu’alimenter en fêtes patronales.

Mais quittons quelque peu la Provence pour les grandes capitales de la France et notamment Paris. L’évolution des mentalités et notamment l’importance croissante de l’esprit des Lumières favorise le retour à un monde plus proche de la nature ; non pas dans sa hiérarchie sociale mais dans ses goûts pour les usages buccoliques. Les propriétés à la campagne fleurissent, d’autres amusements sont recherchés particulièrement aux sources des usages de la France rurale et provinçiale. A ce titre, le Galoubet-tambourin devient un instrument à la mode dans le Paris de la fin du 18ème siècle. Des méthodes adaptées se multiplient notamment celles de Marchand et Lemarchand, père et fils mais également de Joseph-Noël Carbonel, Jean-Joseph Châteauminois. Cet engouement pour les amusements d’un autre genre prirent fin comme une mode à l’aube de la Révolution Française. Cette dernière fut à l’origine d’un grand mouvement d’uniformisation des comportements et des habitudes qui se prolongea au cours du 19ème siècle, brisant des particularismes régionaux que le système scolaire de la IIIème République ne fit qu’achever. Cela ne fut pas sans conséquence sur l’avenir du Galoubet-tambourin qui connût d’autre part une désaffection notoire et la concurrence des orchestres militaires, mis à contribution dans les bals. Il ne se maintint bientôt que dans ses foyers d’origine, Marseille et Aix-en-Provence que seul le mouvement félibréen sauva d’une mort assurée.

Le 20ème siècle a connu de profonds bouleversements dans l’approche globale de l’ensemble Galoubet-Tambourin tant au niveau des musiciens que de son influence dans l’histoire générale de la musique.

Dans la première moitié du 20ème siècle se crééaient des sociétés de tambourinaires en liaison étroite avec le mouvement félibréen. La première fut fondée en 1885  » li Tambourinaire de Miréio  » dans l’ensemble Varois ; elle permit de maintenir et sauver un répertoire traditionnel important. En tournée avec le félibrige dans ses déplacements, elle initie un mouvement général de revalorisation de cet instrument. D’autres se créeront par la suite notamment à Marseille (Tambourinaires Marseillais) et la plus prestigieuse (Tambourinaire de San Estello).

La Première Guerre Mondiale brida quelque peu l’élan insufflé mais l’entre deux guerres connut un renouveau considérable qui permit à l’ensemble instrumental de s’installer dans les régions Rhodaniennes tel qu’à Avignon (tambourinaires d’Avignon en 1922). Comme nous l’avions envisagé dans l’évolution technique de l’instrument, le 20ème siècle a vu fleurir nombre de groupes folkloriques regroupant autour d’eux des musiciens amateurs qui ne purent maintenir le niveau acquis par les maîtres de la discipline. Ce  » Tambourin folklorique  » était accompagné d’un uniforme inspiré d’une tenue de danse. Cette dégénérescence de la technique s’accompagnait d’un renouveau de l’instrument qu’il fallait capter et canaliser.

Joseph Olivier et Maurice Maréchal donnèrent un coup de fouet salvateur et furent à l’origine de la création d’une section Tambourin au sein de la Fédération des Groupes Folkloriques de Provence. L’objectif avoué étant de remettre à niveau nombre de tambourinaires à la recherche de repères, des méthodes furent mises au point ainsi que des recueils d’airs traditionnels.

Enfin, en 1969, 10 ans après la fondation de cette section, parut le premier tome de  » l’Anthologie de la musique provençale  » (puis 1973 pour le second, 1976-1984 pour les suivants). Répondant à une demande de plus en plus pressante, des stages furent organisés, des expositions mises au point si bien que les choses évoluèrent progressivement à l’aube d’un nouvel élan de l’instrument. A la suite des évènements de 68, la recherche d’une autre musique – fruit d’un changement radical des idées et des sensibilités – se porta en particulier aux sources du Moyen-Age et de la Renaissance. Ce mouvement de musique ancienne favorisa la résurgence du Galoubet-Tambourin accueilli au sein d’ensembles de musique traditionnelle. Un concert fut organisé en 1970 par les  » Farandoulaire Sestian  » qui invitèrent pour l’occasion Maurice Maréchal et Maurice Guis qui eut un succès enviable et fut à l’origine de la création de « Ensemble de Musique Populaire de Provence  » . Sortant de l’ombre de nombreux instruments du Moyen-Age, ce groupe connu un succès retentissant dans les années 80, avec tournées européennes et multiplcations des concerts. Le désir des militants pour la reconnaissance du Galoubet -Tambourin comme instrument de musique dite  » classique  » était enfin accompli. Nous comprenons mieux maintenant les chemins parallèles de cet instrument d’essence populaire, le demeurant au sein des groupes folkloriques pourvoyeurs de musique traditionnelle mais qui par ailleurs a suivi le chemin de la reconnaissance pour ses caractéristiques musicales intrinsèques. Voilà un parcours méritoire qui est dû à la ténacité de certains théoriciens et musiciens de la musique provençale.

Cette ascension auprès d’un public de concerts amena tout naturellement le Galoubet-Tambourin au conservatoire. Après quelques tentatives avortées depuis Vidal, le conservatoire d’Aix-en-Provence ouvrit un atelier en 1974 sous la direction de Maurice Guis. Le succès mis un certain temps à venir, mais aujourd’hui, la qualité de l’enseignement comme le niveau des élèves et la reconnaissance des diplômes assurent à cet atelier une renommée. Aujourd’hui, les anciens élèves enseignent cet instrument dans différents conservatoires et écoles de musiques sur toute la Provence, redevenus ainsi ses  » ménétriers  » du Moyen-Age, vivant de leur art. D’autres initiatives virent le jour au cours des dix dernières années comme notamment la création d’un groupe de tambourinaires au sein de la Musique des Equipages de la Flotte de Toulon, de l’Académie du Tambourin en 1989 et l’organisation de concours de tambourinaires façon 19ème siècle.

Comme le disent les auteurs de l’ouvrage de référence  » le galoubet-tambourin « (voir bibliographie) :  » la pratique du tambourin en Provence (et nous rajouterons sur la frange Rhodanienne),…, peut et doit s’exprimer dans sa pluralité pour peu qu’on le veuille bien.  » C’est un peu ce message que nous aimerions faire passer, en accord avec nos ambitions de groupe folklorique et d’amoureux des traditions.

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