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CHOIX DE DANSES

La Farandole est un élément intéressant du groupe des danses traditionnelles par son rythme ternaire, sa forme en serpentin et son rôle dans la société. Elle appartient à un vieux fond de danses méditéranéennes dont le rythme la rapproche de la gigue écossaise et de la Soltarelle du Sud de l’Italie (Sic. Fernand Benoît). Dansée en serpentins en mouvements amples et rapides, elle domine l’espace. Par sa forme et sa logique, elle façonne l’univers qui l’entoure en liant à sa suite multitudes de nouveaux maillons. Par un jeu d’entrainement, elle sollicite le public et l’oblige en quelque sorte à s’intégrer à la fête.

La Farandole : expression socio-culturelle

Comme le dit Maurice Agulhon :

 » La manifestation banale et polyvalente, celle qui prendrait aujourd’hui la forme d’un défilé, d’une marche en colonne, elle est alors représentée par la farandole qui court au rythme du tambour « .

Elément de contestation donc, elle invoque dans une forme particulière et festive, la sensibilité du moment.

Cette longue chaîne humaine conduite vers un endroit précis s’enroule progressivement sur elle-même afin de former un escargot ou pelote qui lorsque la situation l’exige ouvre un pont par l’intermédiaire de deux bras levés et déroule progressivement la chaîne humaine. Selon Fernand Benoît, la farandole a son foyer dans la basse vallée du Rhône, à Barbatan et à Arles ; elle s’est ensuite déplacée sur le reste de la Provence. Par des formes quelques peu différentes, ses mouvements simples, sa vitalité, elle incarne certainement un fondement générique de la danse traditionnelle.

Elément de contestation donc, elle invoque dans une forme particulière et festive, la sensibilité du moment.

Ainsi, en 1820 à Comps, après avoir réussi à expulser un garde forestier violent, les habitants ont organisé une fête qui s’est terminé par une farandole. La fête, au même titre que certaines danses, ritualise la manifestation. Elle incarne, par ailleurs, cette vie communautaire difficilement envisageable de nos jours

De même, en pleine répression du second Empire, alors que la Mairie de Cuers est tombée aux mains des républicains, une statue de la liberté trônant à la sortie devient l’objet d’une manifestation de joie. Les quelques partisans l’ornent de l’écharpe tricolore du Maire déchu et du drapeau français avant de se lancer dans une farandole improvisée.

Réflexe naturel, comme l’expliqueront les accusés devant le tribunal, la farandole est une expression directe, non réfléchie de l’enthousiasme collectif. La statue de la liberté, symbole politique, est choisie pour exécuter cette danse : on danse autour de la République.

Mais elle peut parfois prendre des formes plus violentes comme dans l’exemple qui suit:

A Cannes, en 1840, le Préfet du Vars, en visite pour l’inauguration du nouveau port est pris à parti par une troupe de matelots qui étaient venus le chercher à une lieue de la ville comme cela se fait généralement dans les cérémonies traditionnelles d’accueil. Dans le journal Républicain local l’ « Ere Nouvelle « , on relate l’événement:

«  Le Préfet fut obligé de quitter sa voiture et de suivre les jeunes gens qui le précédaient en formant une sorte de farandole connue dans la localité sous le nom de  » danse des Olivettes « . Vous dire tout ce qu’il y eut de souffrances tant au physique qu’au moral de ce pauvre préfet,forcé qu’il était d’avaler une poussière plus qu’abondante, de marcher pendant plus d’une heure sous les rayons brûlants d’un soleil de juin, et de jouer un rôle tout au moins ridicule de cette danse des Olivettes serait chose impossible.  »

A savoir s’il s’agissait véritablement d’une danse des Olivettes qui est connue à Marseille notamment par la reconstitution du siège de la ville par César, figurée par des simulations de combats et de charges de cavaleries ? Ce qui est intéressant, du moins, c’est que le journaliste ait assimilé cette danse à la farandole confirmant ainsi son usage comme terme générique.

Ensuite, l’action est violente , elle donne lieu à un charivari, le Préfet devenant la cible des danseurs. Entrainé dans le tourbillon de la fête – symbolisée dans la danse des Olivettes par Arlequin – le pauvre Préfet se retrouve victime symbolique d’une expression populaire.

Dernière phase intéressante de cet événement, les conclusions de l’affaire sont porteuses d’enseignements. Le Préfet destitue le Maire de Cannes et la nouvelle équipe municipale prend immédiatement un arrêté afin d’interdire la danse des Olivettes. Les réactions ne se font pas attendre et il se forme deux camps, l’un favorable au maintient de la danse qui s’intitule  » démocrate  » et l’autre représentant l’équipe municipale en place que ces derniers appellent  » les aristocrates « .

La tradition s’imisce donc dans les affaires politiques, au point d’en être l’enjeu. Parce qu’au delà de la danse, c’est l’expression démocratique que le Maire attaque et cela semble difficilement acceptable.

Nous avons voulu compléter cette étude de la farandole par quelques aspects moins connus afin de montrer que l’expression d’un événement historique se fonde souvent sur la base de traditions culturelles fortement ancrées qui insufflent à ce dernier la direction suivie.

La Farandole : danse de Caractère

En parallèle d’une danse de rue s’est développée une technique savante et codifiée dès le 17ème siècle. Insufflée par les militaires et intégrée au cours de gymnastique, la pratique de la danse dite de  » caractère  » a permis de renouveller cet art des danses populaires et de légitimer une gestuelle restée au niveau du quotidien.

Depuis Colbert, la formation de maîtres de danse a permis de bâtir une pédagogie et de sanctionner par des diplômes. Les jeunes militaires issus de tous les milieux acquéraient une solide formation de danse classique et ceux qui désiraient poursuivre passaient un diplôme de maître de danse.

Après la défaite de Sedan, en 1870, les cours de danse disparaissent des salles de gymnastique militaires. Les recrues démobilisées – de retour dans leur village – fondèrent en Provence des sociétés de Farandoleurs afin de transmettre leur talent. Exclusivement masculines, ces sociétés inculquaient leur art à des jeunes en mal de repères après avoir participé aux derniers carnages de 1870. Ainsi une discipline rigide et codifiée venait renouveller la pratique habituelle de la danse ; bien qu’elle sortit quelque peu de son contexte habituel.

Les premières décénnies du 20ème siècle passèrent avec leur lot de morts destabilisant les sociétés de farandoleurs qui virent certains de leurs maîtres de danse mourir ou revenir amputés comme ce fut le cas de Joseph Aymé Charpentier, dit Nono, maître de la société d’Aramon. Un fait intéressant qui nous ramène à l’exemple précédent de Cannes montre que ces sociétés de danse n’ont pu échapper à l’implication politique des traditions. Ainsi , il y eut des farandoles rouge et blanche, de la couleur de la taillole. A noter qu’en Provence, le rouge représente les  » conservateurs  » et le blanc les  » progressistes « . Réunies en concours, ces sociétés offrent un spectacle de danse dite  » classique  » renouvellant et cadrant un univers festif sous la coupe de fanfares militaires et d’objectifs esthétiques.

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